#14 Du bois dans les veines

Âgé de 22 ans, Aubin n’a pas toujours rêvé de travailler le  bois. Mais sans le savoir, son destin était tout tracé et ses projets ont progressivement pris racine. Aujourd’hui étudiant à L’Ecole Supérieure du Bois de Nantes, il fourmille de projets.

Visage poupin, cheveux blonds et barbe volontairement négligée, Aubin Balcerzak est tombé dans une marmite de copeaux dès son plus jeune âge. Né à Paris, il grandit à Avignon dans l’atelier de son père, artisan menuisier, au milieu des fragrances de bois. A l’époque, il ne manifeste aucun intérêt pour le bois qui est encore loin de le faire vibrer. D’ailleurs, il ne se rend dans l’atelier de son père que pour pianoter sur l’ordinateur.

Lors de ses études au lycée de Dax (Landes), il souhaite d’abord s’orienter vers une filière artistique. Mais ses candidatures sont refusées et, faute d’alternative, il atterrit en DUT GMP (génie mécanique et productif) à Poitiers. Dans cette ville un peu froide, ses études sonnent acier et métaux. Loin, très très loin du bois paternel. D’ailleurs, il refuse les propositions de son père qui rêve que son fils reprenne l’entreprise.

Révélation sur un chantier

Mais un beau jour, Aubin accepte de l’accompagner sur un chantier de construction de maison en bois, afin d’ y poser l’isolation et la menuiserie. Sur place, c’est la révélation. «J’ai eu un véritable coup de coeur pour la maison, son procédé de construction et sa simplicité», confie le jeune homme, qui retient de son père le paradoxe suivant : «Le bois est un matériau très complexe mais il est pourtant le plus facile à manier». Aubin se rend compte que ses études, choisies par défaut, ne lui correspondent pas. Il explore donc les différentes filières bois qui s’offrent à lui. À la rentrée 2009 il part en DUT Génie Civil à La Rochelle (Charente Maritime). Il grandit, s’épanouit, et trouve enfin sa voie : sa ligne de force, c’est le bois.

Là-bas, il fait une rencontre fondatrice qui le mènera au bout du monde. Tout commence à l’espace bois de l’IUT de La Rochelle où il fait la connaissance d’un enseignant atypique. Ce professeur «un peu fou, aux cheveux en bataille et aux mille contacts» lui donne l’envie et la force de partir à l’étranger pour réaliser son stage. Sans trop réfléchir, Aubin saisit l’occasion et, billets en main, arrive en Belle Province. Il en profite pour faire un tour du monde qui durera un an, avec l’aide financière de ses parents. Aubin passe un été aux Etats-Unis et Noël en Australie. À son retour, le globe-trotteur est accepté à l’Ecole Supérieur du Bois, à Nantes. Fort de son expérience québécoise, où la construction bois a quinze ans d’avance sur la France, il veut désormais innover et développer le bois dans l’Hexagone. Et il annonce la bonne nouvelle à son père : ensemble, il monteront l’entreprise familiale en associant leurs savoir-faire. Rien que ça.

L’arbre qui marchait sur la tête

Aujourd’hui, son projet se tourne vers Nantes Capitale Verte. Pour 2013, lui et quatre de ses camarades de l’ESB se concentrent sur le parcours nature en ville prévu cet été. Pour l’occasion Aubin a imaginé un projet insensé au premier abord : une structure représentant un arbre à l’envers. Pourquoi ? «Nous pensions créer une immense salle dans le branchage de l’arbre mais lorsque l’on a pensé aux handicapés, il nous a paru essentiel qu’ils devaient y accéder sans contraintes, c’est pourquoi le branchage aura la tête en bas et que les racines seront à l’air libre». Enthousiaste et optimiste, Aubin voit son projet évoluer au fil des heures : un véritable terreau d’artistes comme Les Compagnons d’Angers veulent l’accompagner dans son initiative.

Sollicité de toute part Aubin devient Monsieur Balcerzak, partenaire du développement de l’utilisation du bois dans l’urbanisation. Pour l’animation interne de la structure, il pense à une sensibilisation à la déforestation, des expositions et des points infos. Investi dans son projet, Aubin veut offrir une cuvée rare, une foule aux trésors cachés dans le feuillage de sa création. Si son projet voit le jour, on vous donne rendez-vous à la saison estivale. Pour l’instant, notre Aubin touche du bois.

Le bois contre la pollution

Tout cela s’explique par la présence du bois : c’est un excellent outil de stockage de l’énergie. Aubin explique que pendant la journée le soleil transmet la chaleur très lentement, le résultat se ressent la nuit, lorsqu’il fait chaud à l’intérieur. On appelle ce processus le déphasage c’est le temps que prend le bois

C’est une différence remarquable par rapport aux autres matériaux : l’acier va par exemple transmettre la chaleur plus rapidement et la restituer aussi très rapidement ce qui fait que pour le confort interne de la maison, les températures changent tout le temps et ce n’est pas sain pour les habitants.

Pour se former, le bois absorbe du CO2 et rejette de l’oxygène. Lorsque l’arbre inspire du CO2, il va réduire la pollution : il le stocke dans son bois. De même, lorsque l’on coupe l’arbre, le C02 reste dans le bois et n’est pas rejeté dans l’atmosphère il n y a que le jour ou le bois est brulé que le CO2 va être rejeté ce qui n’est pas «pollueur» au sens ou il ne crée pas de pollution alors que pour le pétrole et toutes les autres matières extraites le CO2 est créé.

Finalement, le prestige du bois est intact, son bilan carbone est égal à zéro : il ne produit pas de CO2, en rejette autant qu’il en absorbe, et stocke le CO2 dans des constructions durables.

Le bonheur est dans les bois

Aubin ne se contente pas de travailler le bois, il vit à l’intérieur. «Je vis dans une maison en bois. Ce n’est ni un chalet ni un repère où règne la fraîcheur. D’ailleurs il n y a pas de radiateur, juste un système d’évacuation de l’air dans toutes les pièces. Ma maison est ventilée, saine et confortable». Même l’hiver, lorsque le soleil est capricieux, la maison d’Aubin est tout de même un havre de chaleur (voir encadre).

On l’aura compris Aubin a la fibre de la construction et délaisse désormais les Lego de son enfance pour des maisons respectueuses de l’environnement. Vous croiserez peut-être celui que l’on surnomme Aubin des Bois, perché au sommet d’un arbre. «J’adore grimper aux arbres,  non pas pour faire le singe mais j’aime prendre de la hauteur pour dominer ce qui m’entoure»; confie-t-il. Avide d’aller jusqu’au sommet, Aubin, l’observateur, s’accapare le monde meilleur de demain.  Il ne lui reste plus qu’à faire le grand saut.

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Une réflexion au sujet de « #14 Du bois dans les veines »

  1. en lisant ce texte j’ai l’envie de rencontrer Aubin et de parler avec lui de cette approche du bois, ce materiau noble chaud et vivant.Je souhaite à ce jeune homme une grande carrière dans le travail du bois et faire connaitre aux autres toutes ses facettes et continuez à observer tous ces arbres que vous voyez et savourez tout ce qu’ils nous apportent…Aubin quelle bonne initiative de penser également aux personnes handicapées. Bonne chance à vous.

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