#2 Nicolas Barreau et Jules Charbonnet : « Nous développons une démarche qui intègre le concept de lévitation, pour rendre les villes denses d’aujourd’hui plus aériennes et plus vivable dans notre futur. »

Les deux Nantais, réunis à l’école de Design de Nantes en 2006 et associés depuis 2008, remettent en question les frontières entre art et design en concrétisant des idées vertes et utopistes. Remarqués pour leur Volet végétal, ou encore pour leur délirant Metronome, ils sont présélectionnés dans le cadre du projet de parcours « Nature en ville », à l’occasion de l’évènement Nantes Capitale Verte 2013. L’opportunité pour eux de rendre possible leur projet Vélo vole et l’évite.

Ils entament aujourd’hui une résidence au Triangle, à Rennes, où ils exposeront à partir du 21 décembre.

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La nature occupe une place majeure dans votre travail. Pourquoi ?

Nous sommes nés et avons grandi dans la nature. Nicolas sur des terres agricoles, moi dans une forêt. Nos premières activités sont directement liées à la nature : cyclisme et aviron, des disciplines qui impliquent un déplacement au contact d’éléments naturels. Nous nous sommes rencontrés grâce à une passion commune, le Land Art, domaine dans lequel nous avons fait nos premières installations exploratoires. Celles-ci nous permettaient à la fois de travailler et de retourner vers un environnement naturel essentiel pour nous. Ça ne se commande pas, c’est inné. Cela nous permet d’échapper par moments au grandissement aliénant de la technologie, qui nous pousse à vivre toujours plus devant des écrans, à ne plus bouger et à ne plus respirer d’air pur. C’est un besoin pour nous et une nécessité pour tous.

De façon plus générale, le besoin de nature est partout et concerne tout le monde. Sa revalorisation est une des réponses premières aux nouveaux enjeux de notre ère. Elle s’inscrit aussi dans une tendance dans les métiers de la création, car nous créateurs sommes les facteurs du développement.

Dans quelle mesure votre démarche professionnelle intègre la question écologique ?

Nous ne sommes pas « écologiquement corrects » à 100%, ce sont les nouvelles règles du métier qui imposent cette prise en compte de l’environnement. En tant que techniciens nous n’avons plus le choix de faire autrement. L’emploi de matériaux durables et éco conçus est généralement imposé par les développeurs de projets pour les citoyens, qu’il s’agisse d’initiatives privées ou publiques (appels d’offres).

Pour nos installations et nos travaux de recherches, nous nous focalisons surtout sur le rapport physique que l’homme peut avoir avec la nature dans un environnement urbain.

Vous conjuguez design, verdure et poésie. Qu’est-ce qui vous fait avancer, le rêve ou le possible ?

C’est justement les deux. Nous rêvons naïvement de choses utopiques, alors nous faisons des choses qui paraissent impossibles, mais que nous tentons de rendre possible. Nous nous tournons pour cela vers la technique, c’est à dire les divers procédés et dispositifs plastiques qui tendent vers des concrétisations sensorielles – visuelles, palpables, réelles ou non. C’est un travail de longue haleine, un travail d’artiste. Cela représente un réel challenge pour nous, c’est donc une fierté lorsque nos projets se réalisent.

Nous développons une démarche qui intègre le concept de lévitation, pour rendre les villes denses d’aujourd’hui plus aériennes et plus vivable dans notre futur.

Nantes sera Capitale verte européenne 2013. Aurez-vous l’opportunité d’inscrire votre travail dans cet événement ?

Nous avons été présélectionnés par la SAMOA1 dans le cadre d’un appel à projets pour un parcours « nature en ville » sur l’Ile de Nantes. Notre proposition, Vélo Vole et l’évite [ballade aérienne sur un vélo suspendu à un câble au beau milieu du marais Audubon, à Couëron] est en fait le premier projet conséquent de notre association, Nicolas et moi. Nous sommes fiers qu’il sollicite l’intérêt puisqu’il nous tient vraiment à cœur. Nous sommes actuellement en recherche de financements pour qu’il prenne son « envol » l’été prochain sur l’île de Nantes.

Que pensez-vous de la politique d’urbanisme à Nantes, d’un point de vue « vert » ?

Nous sommes fiers d’être Nantais ! Nous avons la chance d’avoir une ville construite sur un territoire naturel riche dû à sa situation géographique, sur l’estuaire de la Loire et proche de la côte Atlantique. L’histoire de la ville est basée sur le rapport qu’elle entretient avec son milieu naturel, avec lequel elle a toujours dû composer. La prise en compte de la « nature » s’impose alors comme une évidence dans la politique d’urbanisme actuelle.

Croyez-vous que la nature pourra un jour reprendre ses droits dans le paysage urbain ?

A part une extinction de la vie humaine, non, l’homme sera toujours là pour guider ou contrôler, à sa façon, le développement de la nature sur sa propriété, la ville.

Le servie des espaces vers de la ville de Berlin a adopté une position forte intéressante sur la question du retour de la nature au cœur de la ville. Aujourd’hui des plantes sauvages y poussent un peu partout, le territoire urbain semble alors un peu plus sauvage et agréable, même si ça reste une histoire de goûts. Dans beaucoup de nos villes la croissance des végétaux est stoppée, on désherbe. Les jardins ou terre-pleins verts renvoient une image artificielle et ne donnent pas envie d’être utilisés comme espace d’échappatoire psychologique à la ville.

Nous sommes dans une équation politique visant à urbaniser toujours plus et rendre les villes toujours plus vertes. Comment faire ? Les plantes qui poussent librement détruisent les murs et les routes, alors que les immeubles et les ponts font de l’ombre au développement des jeunes pousses… Il faut donc trouver des nouveaux moyens de combiner les deux.

 D’après vous, à quoi ressemblera Nantes en 2030 ?

Il y aura un pont métronome haut de 800 mètres signé Barreau&Charbonnet reliant Trentemoult et le Hangar à banane. Deux immeubles aériens en lévitation au dessus de l’île aux hérons et un train magnétique reliant Nantes à Rennes en à peine 20 minutes…

Nous espérons que Nantes ne changera pas radicalement de visage avec le temps. Le style « Venise de l’ouest » que Nantes avait à son commencement aurait été une aubaine pour accéder au rang européen que notre ville cherche actuellement à atteindre.

C’est d’ailleurs peut-être une idée : détruire les espaces où la municipalité a fait combler les bras de Loire, et ainsi retrouver l’identité si caractéristique du Nantes du début du XXème siècle, plutôt que de réduire les accès aux voitures.

1 : Société d’Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique

Barreau&Charbonnet

François Gravouil.

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